ANR Végé-culture
Végé-culture (Systèmes complexes à base de plantes à multiplication végétative en zone tropicale humide)
Projet ANR
Participant CREDO: Marc Tabani
Partenaires:
- CIRAD-BIOS (UR 75, coordonnateur scientifique),
- IRD (UR 199),
- Université de Montpellier II,
- Université Jean Monnet de Saint Etienne,
- CTRAV (Centre Technique de Recherche Agronomique du Vanuatu).
Le CREDO a à sa charge la tâche 5 du programme:
Objectif : Mesurer les performances économiques des SdC. Mettre au point deux indices mesurant la richesse et la perte des connaissances et pratiques associées aux plantes alimentaires.
Partenaires impliqués : Partenaire 4, Marc Tabani, CNRS-CREDO-UMR 6574 (Marseille).
Description des travaux : On étudiera les interactions entre les communautés et leur milieu sur six terroirs différents sélectionnés par la tâche 1. A partir des données produites par la tâche 2 et en s’appuyant sur des enquêtes auprès des communautés villageoises concernées, on tentera d’évaluer la productivité économique des SdC, soit en termes de ventes sur les marchés locaux, soit en termes de productions permettant d’éviter l’achat de denrées alimentaires.
On fait l’hypothèse, basée sur des observations de terrain et des travaux antérieurs (Bonnemaison, 1986 ; Walter et Lebot, 2003), que plus la proportion d’aliments importés dans les régimes alimentaires quotidiens est forte, et moins les systèmes agricoles sont diversifiés, tant en espèces qu’en variétés. Par exemple, si 50% des besoins amylacés quotidiens sont satisfaits par des aliments importés (par ex. riz importé et/ou farine de blé), il est observé que les variétés qui jusque là étaient utilisées, entre autres, pour diversifier les goûts et les plats, sont abandonnées (FFEM, 2008). Les variétés à multiplication végétative qui ne sont pas multipliées par l’homme disparaissent très rapidement des paysages. En effet, leur reproduction et dispersion par voie sexuée est un phénomène très rare qui ne conserve pas leurs caractéristiques nutritionnelles et gustatives (en raison de l’allogamie et de l’hétérozygotie dominantes). Avec la perte de ces variétés, ce sont des pans entiers de la culture locale (les mythes d’origine, les légendes associées à ces plantes, les méthodes de préparation de certains plats, ... etc.) qui disparaissent. La richesse culturelle associée aux plantes alimentaires est ainsi directement liée à la présence et à l’utilisation de leur diversité génétique.
En partant de l’hypothèse formulée précédemment, la tâche 4 élaborera une méthodologie pour évaluer la richesse et l’érosion culturelles de manière quantitative. Pour chacun des six sites sélectionnés, des enquêtes de terrain dans les six communautés villageoises (soit six terroirs) permettront de documenter précisément les notions de richesse et d’érosion culturelles et plus précisément la perte de savoirs et de pratiques associés aux plantes alimentaires. Des repères historiques issus de travaux anciens permettront également des comparaisons. Cette tâche élaborera deux indices : l’un de richesse et l’autre d’érosion culturelles, qui seront confrontés aux indices d’agrobiodiversité surfacique utilisés en tâche 2 et à la diversité moléculaire analysée en tâche 3. La manière dont ils seront corrélés dans chacun des sites permettra de comprendre les relations entre les stratégies paysannes et leur impact sur l’agrobiodiversité.
On réfléchira à la signification des corrélations et aux limites de leur interprétation en ayant recours à des analyses statistiques complémentaires permettant des descriptions plus globales (analyses multivariées, multicritères) et intégratives (régressions multiples). L’indice de richesse culturelle mesurera les connaissances des agriculteurs les plantes à multiplication végétative dominantes dans les villages étudiées. Cet indice sera calculé en fonction de plusieurs variables. En particulier :
1. les connaissances relatives aux besoins agronomiques des cinq plantes ciblées,
2. les connaissances concernant pour chacune de leurs variétés, la signification des noms de ces variétés en langue vernaculaire.
3. les connaissances relatives à l’origine de ces variétés : introduite par voie clonale, trouvée dans les parcelles et issue d’un sauvageon, mutée par rapport à une autre variété ancienne, obtenue par échange avec d’autres acteurs, héritée du portefeuille variétal familial.
4. les connaissances relatives à leur biologie florale (aptitude ou non à faire des fleurs et des fruits) et aux caractéristiques des propagules (type de boutures, partie distale ou proximale des tubercules, taille des rejets, utilisation des bulbilles aériennes).
5. les connaissances relatives aux propriétés organoleptiques des variétés, leurs modes de cuisson et autres caractéristiques de traitement post-récoltes.
6. les connaissances relatives aux mythes et légendes, aux rôles des variétés des espèces dans les traditions orales des communautés, à leur fonction cérémonielle et/ou sociale.
L’indice d’érosion culturelle fera l’objet d’une étude approfondie sur les changements alimentaires. Afin de quantifier les proportions entre aliments endogènes et exogènes au sein des régimes alimentaires, on pèsera les produits amylacés que consomment trois familles par village étudié durant un mois. La quantité d’aliments exogènes aux sites sera également évaluée par des enquêtes auprès des épiceries locales ou directement auprès des grossistes approvisionnant ces villages. L’analyse de leurs données apportera des informations complémentaires aux enquêtes de terrain. Des référentiels historiques ont été produits par des chercheurs en sciences humaines (Bonnemaison, 1987 ; Allen, 2001) et nous comparerons les données obtenues. L’objectif est d'avoir une base de données permettant une vision d'ensemble et la comparaison intra- mais aussi inter-sites.


